Lolita
Mes petites chaussures rouges, ça fait déjà un bail que je ne les mets plus devant la cheminée, et pourtant c’est le même espoir qui me guide en face du lac et la même joie trouble qui mange mon ventre. J’attends. Des journées entières face à l’eau. Des journées entières, avec pour seul reflet mon château qui me fait de l’ombre. J’attends qu’il arrive, lui, le prince charmant, celui auquel je suis destinée. C’est une MG bleue qui dévale à toute allure la montagne. L’homme qui la conduit n’est plus très sûr de lui. Il vieillit. Le cou, les muscles, les réflexes ne répondent plus comme avant. Même les femmes ne répondent plus. Elles papillonnent vers des adolescents à l’haleine vierge. Il se surprend à observer la silhouette d’une adolescente face au château. Les pneus crissent. Il a envie de croquer encore et encore. La jeune auto-stoppeuse pénètre dans sa voiture, en toute confiance comme si elle n’attendait que lui. Déjà, son odeur l’enivre. Une odeur qui ne détecte pas encore très bien. Elle regarde droit devant elle, royale et fière. Lui, ne peut s’empêcher de la détailler. Le corps est ferme et attirant, comme un sucre d’orge.
Il sent une chaleur monter dans ses reins et ne peut résister à l’envie de la toucher. Délicatement, en changeant de vitesse. Il la caresse. Elle ne bronche pas, offerte. Enhardi, il la palpe un peu plus fort. C’est alors qu’elle se retourne vers lui. C’est elle, la femme de sa vie. Celle pour qui, tant de kilomètres ont été parcourus, celle qui a cru trouver dans ses pâles conquêtes. Elle est là, devant lui, il a envie de la posséder comme jamais. Tout ce qu’il a appris, il va lui en faire cadeau. Près d’une rivière, à l’ombre d’un arbre, il l’assaile de coups de reins, il la palpe et la palpe encore. C’est alors qu’elle se dégonfle et s’échappe dans les airs. C’est vraiment con de vieillir.
Diffusé dans l’émission "Moi,je..." Antenne 2/ Pascale Breugnot