Christian Dior : Light-Rotonde 2007
C’est l’événement parisien de la rentrée. Peter Marino, l’architecte du 30, avenue Montaigne, explique au Figaro comment il a abordé la rénovation de cette adresse mythique.
Paru le 19.09.2007, par Virginie Mouzat
C’est la star des architectes de boutiques de luxe. L’Américain Peter Marino signe la rénovation des 1 200 mètres carrés inaugurés en grande pompe par le Tout-Paris lundi soir. L’occasion de visiter ces splendides salons où tous les détails signalent la volonté de renouer avec le faste du plus grand luxe. Entre boiseries XVIIIe et murs tendus de satin crispé gris inox, entretien avec le grand ordonnateur du « néo-Dior », sous le portrait de Christian Dior par Bernard Buffet.
Il y a dix ans, vous étiez déjà à l’origine du concept de boutique du 30, avenue Montaigne.
Peter MARINO - Oui, mais le décor était devenu très institutionnel. Cette fois, Bernard Arnault m’a juste demandé de lui proposer un nouveau concept. Et il a été d’accord pour commander aux artistes toutes les pièces uniques qui figurent dans ce lieu : Claude Lalanne, Ado Châle, André Dubreuil, Rob Wynne, Alasdair Cooke... Et croyez-moi, c’est un budget ! À l’heure de la globalisation, qu’est-ce qui donne à ce lieu son atmosphère parisienne ?
Moi, je suis un architecte antiglobalisation.
Mais c’est une question passionnante car ici, bien que nous soyons avenue Montaigne, la rue ne rentre pas dans le magasin contrairement aux boutiques toutes vitrées où l’on voit du dedans ou du dehors comme à New York ou en Asie. Ici, la circulation se fait à travers différentes pièces car j’ai remarqué qu’à Paris tout se passe de façon cachée, dans des salons pour initiés. C’est un peu l’esprit de cet endroit. Lorsqu’il entre, le regard du visiteur est distrait, attiré par la vidéo, dans la mezzanine de la rotonde... C’est voulu. L’idée était de casser dès l’entrée la réalité de la rue et que la maison Dior voie entrer ses clients.
Les vidéos d’Oyoram reprennent les photos d’archives, les campagnes de publicité et les images de défilés dans un clip de dix minutes puis tout se fige avant de reprendre une demi-heure plus tard.
Au début, j’avais pensé placer là des mannequins qui « regarderaient » les arrivants depuis un balcon mais c’était vieux jeu. Je me suis dit, recréons l’idée en plasma, c’est plus moderne.
Comment traduire l’idée d’une boutique féminine, ce concept vague ?
Une étude montre que les femmes utilisent 22 000 mots par jour contre 7 000 pour les hommes. J’ai donc aménagé des salons avec fauteuils et canapés pour qu’elles puissent discuter. C’est un des exemples. Christian Dior, c’est aussi l’amour des fleurs. Alors, l’un des premiers meubles que l’on découvre en rentrant, c’est un banc de feuillage de Claude Lalanne. Le haïku de Rob Wynne écrit en pâte de verre de Murano sur un miroir - an orchid in the land of technology (une orchidée au pays de la technologie) - me semble définir parfaitement la féminité de Dior et les créations de John Galliano. Quelles ont été les contraintes ? Garder la boutique ouverte pendant les quatre mois prévus pour les travaux.
Comment traduire, en 2007, les codes Dior posés en 1947 ?
De multiples façons. Par exemple, mes ateliers ont travaillé sur le gris Dior pour le décliner en 57 valeurs, du plus clair au canon de fusil... Au bout de combien de temps le consommateur de luxe, de plus en plus averti, se lasse-t-il d’un nouvel espace ? Dans le cas d’une boutique très novatrice, ultramoderne, trois-quatre ans. Dans le cas de Dior, une rénovation intérieure dans un esprit néoclassique, je dirais à peu près sept ans.
Vous travaillez indifféremment pour Dior, Vuitton, Chanel...
Comme un pianiste est capable de jouer du Mozart ou du Schubert. Mais je ne me lancerais peut-être pas dans du Wagner !
Vos prochains grands chantiers ?
L’ouverture de Chanel à Beverly Hills jeudi, de Zegna le 25 octobre à Milan, de Chanel Vendôme et d’un énorme flagship Vuitton à Londres dans deux ans. J’ai aussi des chantiers à Pékin et Tokyo, et un vaste com- plexe hôtelier de luxe à Anguilla, dans les Caraïbes, où il y a tout à faire...
Article paru dans le Figaro Madame